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L'Edito

 

                   Février 2012
 

« Progresser dans la confiance mutuelle et l’élimination des préjugés »

 

Ce sont les mots du cardinal Jean-Louis Tauran, président du Conseil pour le Dialogue Interreligieux à Rome, dans son message aux délégués diocésains pour les relations avec les musulmans, réunis en session nationale, les 27-29 janvier 2012. Il y exprime sa reconnaissance et sa solidarité en ces termes : « Reconnaissance pour le temps que vous consacrez à ce dialogue interreligieux avec l’unique ambition de progresser dans la confiance mutuelle et dans l’élimination des préjugés qui affaiblissent encore trop souvent la qualité de nos rencontres. Solidarité également…. Sachez que vous n’êtes pas seuls ! »

Il poursuit ainsi : « Il est important que, dans un monde pluriel et précaire comme le nôtre, nos concitoyens puissent constater que le dialogue interreligieux est une richesse pour les sociétés humaines : des croyants qui dans le respect de leurs différences sont capables de s’écouter, d’apprécier ce qu’il y a de bien et de bon chez l’autre sont des prophètes de l’espérance. Ils disent qu’il est possible de vivre ensemble parce que la personne humaine est beaucoup plus que ce qu’elle montre et produit ! »

       L’élimination des préjugés passe par un discernement et une vigilance à propos de ce que les medias véhiculent sur l’islam et les musulmans. « Le poids des mots et le choc des images », pour reprendre l’expression connue, guident trop souvent certains médias et formatent ainsi la pensée de l’opinion publique. Comment ne pas nous laisser fasciner et prendre au piège des multiples messages, photos ou « power-points », reçus via Internet, fabriqués pour attiser peur et haine, souvent à partir de photos ou de mots détournés ? Comment ne pas nous contenter du « prêt à penser » sur les musulmans ou sur l’islam ? Plus que jamais, le discernement et la vigilance s’imposent aux citoyens et aux croyants en Dieu que nous sommes.

A juste titre, nous sommes inquiets devant les événements dramatiques qui meurtrissent les populations, chrétiennes en particulier, du Nigéria. Là encore, ne tombons pas dans l’amalgame et écoutons ce que disent des acteurs de paix et de dialogue comme ces responsables catholique et musulman du Niger (Témoignage en dernière page).

       Progresser dans la confiance mutuelle suppose du temps, l’écoute de l’autre  dans ce qu’il dit et porte, reconnaître le poids et les blessures de l’histoire sans s’y laisser enfermer. Il devient alors possible dans la confiance de parler ensemble de ce qui nous inquiète dans les mots ou les comportements des autres, « des questions qui fâchent »  pour reprendre l’un des chapitres du livre de Christian Delorme, « L’islam que j’aime, l’islam qui m’inquiète ».

       En ce temps de campagne électorale en France, chrétiens comme musulmans sont invités à prendre du recul, à se méfier des dérapages à propos de la laïcité ou des civilisations, à refuser tout ce qui porte atteinte au « vivre ensemble ». Cette semaine, dans un échange entre lycéens juifs, chrétiens et musulmans, au lycée Charles Péguy, à Paris, une jeune fille disait : « Quand on crée un lien avec une personne, on ne regarde pas d’abord sa religion. » Un autre ajoutait : « D’ailleurs, nous sommes tous créatures et enfants de Dieu. »

N’est-ce pas en Dieu créateur de tout être humain que se trouvent le fondement et la source de l’estime et du respect pour tout homme ? Comme le disaient les évêques, au Concile Vatican II dont nous fêtons les 50 ans : « Nous ne pouvons invoquer Dieu, Père de tous les hommes, si nous refusons de nous conduire fraternellement envers certains des hommes créés à l’image de Dieu. » (Nostra Aetate, 5).

Christophe ROUCOU, 13 février 2012