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Benoît XVI aux ambassadeurs de pays musulmans, Rome

« Les circonstances qui ont suscité notre rencontre sont bien connues. J’ai déjà eu l’occasion de m’y arrêter au cours de la semaine écoulée. Dans ce contexte particulier, je voudrais aujourd’hui redire toute l’estime et le profond respect que je porte aux croyants musulmans, rappelant les propos du Concile Vatican II qui sont pour l’Église catholique la Magna Carta du dialogue islamo-chrétien : «L’Église regarde aussi avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu unique, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, qui a parlé aux hommes et aux décrets duquel, même s’ils sont cachés, ils s’efforcent de se soumettre de toute leur âme, comme s’est soumis à Dieu Abraham, à qui la foi islamique se réfère volontiers» (Déclaration Nostra Aetate, n. 3).

Me situant résolument dans cette perspective, dès le début de mon pontificat, j’ai eu l’occasion d’exprimer mon souhait de continuer d’établir des ponts d’amitié avec les adhérents de toutes les religions, manifestant particulièrement mon appréciation de la croissance du dialogue entre musulmans et chrétiens (cf. Discours aux représentants des Églises et Communautés chrétiennes, et aux autres traditions religieuses, 25 avril 2005). Comme je l’ai souligné à Cologne, l’an dernier, «le dialogue interreligieux et interculturel entre chrétiens et musulmans ne peut se réduire à un choix passager. Il est en effet une nécessité vitale, dont dépend en grande partie notre avenir» (Discours aux représentants de Communautés musulmanes, 20 août 2005).

Dans un monde marqué par le relativisme et excluant trop souvent la transcendance de l’universalité de la raison, nous avons impérativement besoin d’un dialogue authentique entre les religions et entre les cultures, capable de nous aider à surmonter ensemble toutes les tensions, dans un esprit de collaboration fructueuse. Poursuivant l’œuvre entreprise par mon prédécesseur, le Pape Jean-Paul II, je souhaite donc vivement que les relations confiantes qui se sont développées entre chrétiens et musulmans depuis de nombreuses années, non seulement se poursuivent, mais se développent dans un esprit de dialogue sincère et respectueux, fondé sur une connaissance réciproque toujours plus vraie qui, avec joie, reconnaît les valeurs religieuses que nous avons en commun et qui, avec loyauté, respecte les différences.

Le dialogue interreligieux et interculturel est une nécessité pour bâtir ensemble le monde de paix et de fraternité ardemment souhaité par tous les hommes de bonne volonté. En ce domaine, nos contemporains attendent de nous un témoignage éloquent pour montrer à tous la valeur de la dimension religieuse de l’existence. Aussi, fidèles aux enseignements de leurs propres traditions religieuses, chrétiens et musulmans doivent-ils apprendre à travailler ensemble, comme cela arrive déjà en diverses expériences communes, pour se garder de toute forme d’intolérance et s’opposer à toute manifestation de violence et nous, Autorités religieuses et Responsables politiques, nous devons les guider et les encourager en ce sens. »

 Chers amis, je suis profondément convaincu que, dans la situation que connaît le monde aujourd’hui, il est impératif que chrétiens et musulmans s’engagent ensemble pour faire face aux nombreux défis qui se présentent à l’humanité, notamment pour ce qui concerne la défense et la promotion de la dignité de l’être humain ainsi que des droits qui en découlent. Alors que grandissent les menaces contre l’homme et contre la paix, en reconnaissant le caractère central de la personne, et, en travaillant avec persévérance pour que sa vie soit toujours respectée, chrétiens et musulmans manifestent leur obéissance au Créateur, qui veut que tous vivent dans la dignité qu’il leur a donnée. »

Chers amis, je souhaite de tout cœur que Dieu miséricordieux guide nos pas sur les chemins d’une compréhension réciproque toujours plus vraie. Au moment où pour les musulmans commence la démarche spirituelle du mois de Ramadan, je leur adresse à tous mes vœux cordiaux, souhaitant que le Tout-Puissant leur accorde une vie sereine et paisible. Que le Dieu de la paix vous comble de l’abondance de ses Bénédictions, ainsi que les communautés que vous représentez !

10. Benoît XVI, discours au président pour les affaires religieuses, Ankara, 28 novembre 2006

(…) Pour ma part, je désire aussi souligner les qualités du peuple turc. Et là, je fais miennes les paroles de mon prédécesseur immédiat, le pape Jean-Paul II, d’heureuse mémoire, qui disait, à l’occasion de sa visite en 1979 : « Je me demande s’il n’est pas urgent, précisément aujourd’hui où chrétiens et musulmans sont entrés dans une nouvelle période de l’histoire, de reconnaître et de développer les liens spirituels qui nous unissent, afin de « protéger et de promouvoir ensemble, pour tous les hommes — comme nous y invite le Concile —, la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté » (Discours à la communauté catholique d’Ankara, 29 novembre 1979).

 

(…) Les chrétiens et les musulmans, suivant leur religion respective, mettent l’accent sur la vérité du caractère sacré et de la dignité de la personne. C’est la base de notre respect et de notre estime réciproque, c’est la base de la collaboration dans le service de la paix entre les nations et les peuples, qui est le désir le plus cher de tous les croyants et de toutes les personnes de bonne volonté.

Depuis plus de quarante ans, l’enseignement du concile Vatican II a inspiré et guidé l’approche du Saint-Siège et des Eglises locales dans le monde entier dans leurs rapports avec les fidèles des autres religions. En suivant la tradition biblique, le Concile enseigne que tout être humain partage une origine commune et un destin commun : Dieu, notre Créateur et le but de notre pèlerinage terrestre. Les chrétiens et les musulmans appartiennent à la famille de ceux qui croient en un Dieu unique et qui, selon leurs traditions respectives, font référence à Abraham (cf. Concile Vatican II, Déclaration sur les relations de l’Eglise avec les religions non chrétiennes, Nostra Aetate, 1,3). Cette unité humaine et spirituelle de nos origines et de nos destins nous pousse à chercher un itinéraire commun alors que nous faisons notre part de chemin dans cette recherche de valeurs fondamentales qui est si caractéristique de l’homme de notre temps. (…) Nous sommes appelés à travailler ensemble, afin d’aider la société à s’ouvrir à la transcendance, en reconnaissant au Dieu Tout-Puissant la place qui lui revient. Le meilleur moyen pour aller de l’avant est celui d’un dialogue authentique entre chrétiens et musulmans, fondé sur la vérité et inspiré d’un désir sincère de nous connaître mieux les uns les autres, en respectant nos différences et en reconnaissant tout ce que nous avons en commun. Cela doit nous conduire à un respect authentique à l’égard des choix responsables que chaque personne pose, spécialement ceux qui touchent aux valeurs fondamentales et aux convictions religieuses personnelles.

Comme exemple de respect fraternel avec lequel chrétiens et musulmans peuvent travailler ensemble, j’aime citer les paroles adressées par le pape Grégoire VII, en 1076, à un prince musulman d’Afrique du Nord, qui avait agi avec grande bonté envers les chrétiens placés sous sa juridiction. Le pape Grégoire VII parlait d’une charité spéciale que les chrétiens et les musulmans se doivent réciproquement, puisque « nous croyons et confessons un seul Dieu, même si c’est de manière différente, chaque jour nous le louons et le vénérons comme Créateur des siècles et gouverneur de ce monde » (PL 148, 451).

 La liberté religieuse, garantie par les institutions et respectée effectivement, tant pour les individus que pour les communautés, constitue pour tous les croyants la condition nécessaire à leur contribution loyale à l’édification de la société, dans une attitude de service authentique, spécialement à l’égard des plus vulnérables et des pauvres.

Monsieur le président, je désire conclure en louant le Dieu Tout-Puissant et Miséricordieux pour cette occasion heureuse qui nous permet de nous retrouver ensemble en son nom. Je prie afin que ce soit un signe de notre engagement commun au dialogue entre chrétiens et musulmans, tout comme un encouragement à poursuivre ce long chemin, dans le respect et l’amitié. Je souhaite que nous puissions nous connaître mieux, en renforçant nos liens d’affection, dans notre désir commun de vivre en harmonie, dans la paix et dans la confiance réciproque. En tant que croyants, nous tirons de la prière la force nécessaire pour dépasser toute trace de préjugé et offrir un témoignage commun de notre foi ferme en Dieu. Puisse sa bénédiction toujours reposer sur vous !